Les Nouveaux dandys
Les nouveaux dandys : livres / dandysme(s)
Balzac, Honoré de: Traité de la vie élégante Barbey d' Aurevilly, Jules: Du dandysme et de George Brummell
Baudelaire, Charles : Le Peintre de la vie moderne
Camus, Albert : L'Homme révolté
Carassus, Emilien: Le mythe du dandy Cicolini, Alice: The New English Dandy
Cocksey, David : Dandysmes : Une histoire de séduction D'Alkemade, Valérie: Dandys : Abécédaire impertinent du dandysme et des néo-dandys
Delbourg-Delphis, Marylène: Masculin singulier - Le Dandysme et son histoire
Dolto, Françoise: Le Dandy
Dufresne, Jean-Luc : Dandysmes 1808-2008 : de Barbey d'Aurevilly à Christian Dior
Erbe, Günter : Dandys - Virtuosen der Lebenskunst.
Favardin, Patrick - Bouexiere, Laurent: Le dandysme Fillin-Yeh, Susan: Dandies : Fashion and Finesse in Art and Culture
Garelick, Rhonda K. : Rising star, dandyism, gender, and the performance in the Fin de Siecle
Huizing, Klaas: Der letzte Dandy
Kempf, Roger: Dandies. Baudelaire et Cie
Lemaire, Michel: Le dandysme de Baudelaire et de Mallarmé Levillain, Henriette: L'Esprit Dandy. De Brummell à Baudelaire
Liedekerke, Arnould de: Talon rouge, Barbey d'Aurevilly, le dandy absolu
Lord Breaulove Swells Whimsy: The Affected Provincial's Companion
Natta, Marie-Christine : La Grandeur Sans Convictions - Essai Sur Le Dandysme Prevost, John C. : Le Dandysme en France : 1817-1839 Raynaud, Ernest: Baudelaire et la religion du dandysme
Salvatore Schiffer, Daniel: Philosophie du dandysme : une esthétique de l'âme et du corps
Salvatore Schiffer, Daniel : Le dandysme, dernier éclat d'héroïsme
Scaraffia, Giuseppe : Petit dictionnaire du dandy Stanton, Domna C. : The Aristocrat as Art: a study of the honnête homme and the dandy in seventeenth and nineteenth-century French literature
Vibart, Eric: Alain Gerbault : Vie et voyages d'un dandy révolté des années folles
Walden, George : Who's a Dandy: Dandyism and George Brummell
Les Nouveaux Dandys : livres / dandys
Baldick, Robert : La Vie de J. K. Huysmans Baronian, Jean-Baptiste : Baudelaire
Barry, Joseph: Ma soeur, ma douce soeur [Byron] Belford, Barbara : Oscar Wilde
Cabré, Monique: La légende du Chevalier d'Orsay Castellane, Boni de: Mémoires de Boni de Castellane, 1867-1932
Chaleyssin, Patrick : Robert de Montesquiou mécène et dandy Cocteau, Jean : La difficulté d'être
Collectif: Robert de Montesquiou, ou l'art de paraitre
Dufilho, Jérôme : Constantin Guys 1802-1892. Fleurs du mal
Foulkes, Nick : Last of the Dandies: The Fashionable Life of Count D'Orsay
Gramont, Elisabeth de : Barbey d'Aurevilly Harris, Frank: La vie et les confessions d'oscar wilde, 2
Jullian, Philippe: Robert de Montesquiou, un prince 1900 Kelly, Ian : Beau Brummell
Langlade, J. de: Brummell ou le prince des dandys Liedekerke, Arnould de: Talon rouge, Barbey d'Aurevilly, le dandy absolu
Marchand, Leslie : Dictionnaire de Lord Byron
Matzneff, Gabriel : La Diététique de lord Byron
Maurois, André : Don Juan ou la vie de Byron
Mension-Rigau, Eric: Boni de Castellane
Montgomery, Hyde H. : Oscar Wilde. Les années maudites Raby, Peter: The Cambridge Companion to Oscar Wilde
Renard, Maurice-Ch. : Brummel et son ombre, Caen : 1830-1840 Romilly, Jacqueline de : Alcibiade ou les dangers de l'ambition
Salvatore Schiffer, Daniel : Oscar Wilde
Sartre, Jean-Paul : Baudelaire
Taillandier, François : Un réfractaire : Barbey d'Aurevilly
Taillandier, François : Balzac
Les nouveaux dandys : livres / littérature
Poésie 1 - Vagabondages, numéro 25 : poésie et dandysme
Balzac, Honore de: Illusions perdues
Balzac, Honoré de : Béatrix
Bancquart, Marie-Claire : Ecrivains fin-de-siècle
Barbey d'Aurevilly, Jules: Les Diaboliques
Baudelaire, Charles: Ecrits sur l'art
Baudelaire, Charles: Fusées - Mon coeur mis à nu - La Belgique déshabillée - Amoenitates Belgicae
Bourget, Paul: Le Disciple
Bulwer Lytton, Edward: Pelham: Or, the Adventures of a Gentleman
Byron, George Gordon, Lord: Poèmes
Byron, Lord: Don Juan
Disraeli, Benjamin: Vivian Grey
Drieu La Rochelle, Pierre: Gilles
Fitzgerald, Francis Scott : Gatsby le magnifique
Gautier, Théophile : Les Jeunes France: romans goguenards Hesse, Hermann : Le Loup des steppes
Huysmans, JK: A rebours
Jullian, Philippe: Journal 1940-1950
Kastura, Thomas: Dandys
Lacenaire, Pierre-François : Mémoires et autres écrits
Mann, Thomas : La Mort à Venise
Montesquiou, Robert de : Les pas effacés : Mémoires (Tome 1)
Pater, Walter : Essais sur l'art de la Renaissance
Pater, Walter : Marius, l'épicurien
Proust, Marcel : Un amour de Swann
Proust, Marcel : A la recherche du temps perdu, tome 1 : Du Côté de chez Swann
Radiguet, Raymond : Le Bal du comte d'Orgel
Stendhal: Le Rouge et le Noir
Stendhal: Souvenirs d'égotisme
Sue, Eugène : Les Mystères de Paris
Thackeray, William Makepeace : Mémoires de Barry Lyndon du royaume d'Irlande contenant le récit de ses aventures extraordinaires...
Tomasi di Lampedusa, Giuseppe : Le Guépard
Waugh, Evelyn : Retour à Brideshead
Whistler, James Abbott Mcneill : The Gentle Art of Making Enemies
Wilde, Oscar: Le Portrait de Dorian Gray
Wilde, Oscar: La Ballade de la geôle de Reading
Wilde, Oscar : Salomé
Wilde, Oscar : Aphorismes
Les Nouveaux dandys : livres / mode - élégance
Balzac, Honoré de : Théorie de la démarche et Autres textes
Barillé, Élisabeth : Le livre du parfum
Blackman, Cally : 100 ans de mode masculine
Borne, Hervé: Des montres & des hommes
Boswell, Suzanne: Menswear: Suiting the Customer
Chaille, François : L'ABCdaire de la cravate
Chaille, François : Cravates
Collectif: L'abcdaire du parfum
Ficat, Jean-Jacques : L'art de bien se chausser
Flusser, Alan J. : Style and the Man
Flusser, Alan J. : Dressing the Man: Mastering the Art of Permanent Fashion
Lechevalier, Corinne: Le chic au masculin
Peres, Daniel: Details, Men's Style Manual: The Ultimate Guide for Making Your Clothes Work for You
Pinfold, Wallace G. : Rasé de près... ou la perfection quotidienne au masculin
Roetzel, Bernhard: L'Eternel masculin
Ruppert, Jacques: Le costume français
Smith, Russell: Men's Style: The Thinking Man's Guide to Dress
Veuillet-Gallot, Rebe : Le Guide du parfum
Les Nouveaux Dandys : livres / lieux - décoration
Beauthéac, Nadine : L'art de vivre au temps de Proust
Calloway, Stephen : Divinement décadent
Collectif: Femmes peintres et salons au temps de Proust : de Madeleine Lemaire à Berthe Morisot
Heugel, Ines: Les arts de la table français
Quella-Villéger, Alain : Chez Pierre Loti : Une maison d'écrivain-voyageur (1DVD)
Sauvat, Catherine : Objets de beauté
Les Nouveaux Dandys : livres / histoire - contexte
Abbé Mugnier: Journal de l'abbé Mugnier, 1879-1939
d' Ariste, Paul: La Vie et le monde du boulevard 1830-1870. Un dandy Nestor Roqueplan. Préface de Jacques Boulenger Duby, Georges: Histoire de la vie privée. Tome IV. De la Révolution à la Grande Guerre
Fouquières, André de: Cinquante ans de panache Martin-Fugier, Anne: La vie élégante, ou La formation du Tout-Paris, 1815-1848
Martin-Fugier, Anne: La vie d'artiste au XIXe siècle
Pringué, Gabriel-Louis: 30 ans de diners en ville
Les Nouveaux Dandys : livres / étiquette
Baronne Staffe: Le carnet du savoir-vivre
Collectif: L'art de la conversation, anthologie
Rouvillois, Frédéric : Histoire de la politesse : de la Révolution à nos jours
Les Nouveaux Dandys : livres / snobs - snobisme
Ricaumont, Jacques de: Eloge du snobisme
Moonen, Antonius: Petit bréviaire du snobisme
Daninos, Pierre: Snobissimo
Fellowes, Julian : Snobs
Jullian, Philippe : Dictionnaire du snobisme
Rouvillois, Frédéric : Histoire du snobisme
Sitwell, Edith : Les excentriques anglais
Thackeray, William-Makepeace : Le Livre des snobs
Carle Vernet, peintre dandy (2)
Mais l’épisode révolutionnaire retarde la délivrance. Son père, Joseph Vernet, meurt quelques mois après la prise de la Bastille ; le triste évènement augure d’une période difficile pour Carle, partagé entre un indéniable « vieux fond de royalisme » et sa tentation d’adhérer au processus révolutionnaire.
Plus tard, quand la situation s’envenime, le peintre songe à s’exiler. L’attaque des Tuileries, qui chasse sa famille de son logement du Louvre et le long combat qu’il mène, en vain, pour sauver sa sœur Émilie Chalgrin de l’échafaud, l’empêchent toutefois de quitter Paris.
En 1793, dans le contexte de la Terreur, le citoyen Carle Vernet présente, aux dires de la Revue républicaine : « l’ouvrage le plus capital du Salon et qui peut tenir le milieu entre ce qu’on nomme le genre et l’histoire ». Le tableau est présenté sous un titre prudent : Une chasse dans le genre anglais, au moment de l’attaque. L’œuvre s’identifie sans doute avec un tableau depuis rendu à son titre véritable : Une partie de chasse à Méréville chez le marquis de Laborde. Elle témoigne des derniers fastes de Méréville, le nouveau château de Laborde, près d’Étampes, acquis en 1784 par le richissime banquier de Louis XV. Le duc d’Orléans, qui y figure, est sans doute à l’origine de la commande. C’est peut-être la plus aboutie des compositions cynégétiques de Vernet en même temps qu’un chef-d’œuvre d’audace. L’artiste – sans doute ravi de son pied-de-nez – n’y glorifie-t-il pas le loisir emblématique de l’aristocratie déchue ?
Carle Vernet (ci-dessus, au premier plan, avec le peintre Lethière) exprime sa verve et sa légendaire joie de vivre à l’avènement du Directoire. Il s’y complait à caricaturer les extravagantes coiffures en « coup de vent » et en « oreilles de chiens » des Merveilleuses et des Incroyables. En 1798, J. Louis Darcis accepte de graver ces premiers sujets de la carrière de Vernet. Ni l’un, ni l’autre ne se doute du succès étourdissant que va rencontrer cette première série d’estampes, inaugurant un aspect prolifique de la carrière de l’artiste. Sans doute Carle est-il trop occupé à jouir de la vie parisienne, au café de Foy, parmi ses amis et bientôt collaborateurs Jean-Baptiste Isabey et Louis Léopold Boilly.
C’est peut-être Isabey, « son camarade d’atelier, de plaisirs et d’équitation », qui l’introduit auprès de la famille Bonaparte dont il est l’intime. La période la plus commentée de la carrière de Vernet s’ouvre. Il est appelé à s’y distinguer comme l’illustrateur des batailles du Consulat et des chasses de l’Empire. Après la livraison, en, 1799, de sa première commande napoléonienne : La Revue aux Tuileries, Bonaparte choisit Vernet pour l’accompagner lors de la seconde campagne d’Italie, en 1800. L’artiste suit le Premier Consul sur tous les champs de bataille, le portraiture en plusieurs occasions, et livre à son retour le fruit de ses dons d’observations.
Dès lors Carle Vernet diversifie sa contribution à la gloire napoléonienne. Le maréchal Berthier, en sa qualité de Grand veneur de Napoléon Ier, contribue à faire de lui l’illustrateur officiel des chasses de l’empereur. Plus aucun fait du prince n’échappe désormais au pinceau du jeune chevalier de la Légion d’honneur.
Pourtant, c’est avec soulagement que Carle Vernet accueille l’avènement de la Restauration. Le nouveau régime le couvre d’honneur. Par son élection à l’Institut en 1826, il rejoint son père et fait honneur à la mémoire de son grand-père, faisant dire au comte de Forbin, directeur général des musées royaux : « Pour les Vernet, le fauteuil académique est un meuble de famille. » Carle fait plus ouvertement allégeance à la famille de Louis XVIII en présentant, au Salon de 1814, SAR Mgr le duc de Berry en uniforme du 6e régiment de lanciers. L’hommage est apprécié et Carle se voit admis à suivre les chasses royales pour mieux mettre son pinceau au service du régime. Il s’attache particulièrement au plus brillant veneur de la famille royale : ainsi, ce sont encore les hauts faits de l’équipage de chasse du duc de Berry que Carle dépeint dans sa plus ambitieuse composition cynégétique de la Restauration, une Chasse au daim pour la Saint-Hubert, en 1818, dans les bois de Meudon (Salon de 1827).
Entouré de la tendre attention de son fils qu’il chérit jalousement, Carle Vernet vieillit paisiblement entre Paris et Rome où Horace dirige l’Académie de France de 1828 à 1835. Assumant de plus en plus son penchant naturel, il s’y amuse plus qu’il n’y travaille. Dans une lettre du 17 janvier 1831, Félix Mendelssohn décrit l’une des nombreuses fêtes données à la villa Médicis : « Carle Vernet (…) dansa ce soir là une contre-danse avec tant de légèreté, il fit tant d’entrechats et varia si bien ses pas qu’on ne regrettait qu’une chose, c’est qu’il eut 72 ans. Il fatigue chaque jour deux chevaux sous lui, puis il peint et dessine un peu, et le soir il faut qu’il soit en société… » Peut-être moins royaliste qu’éternellement fashionable, il abandonne son projet de peindre Louis XVIII allant rendre grâce à Dieu à Notre-Dame, mais livre au banquier Georges Schickler – sportsman accompli, membre du Jockey Club et propriétaire d’une écurie de course – son dernier format monumental : Le Départ de la Chasse (Salon de 1831). Le régime ne lui en tient pas rigueur qui le fait officier de la Légion d’honneur et l’élève dans l’ordre de Saint-Michel. Sous la Monarchie de Juillet, on achemine vers le futur Musée de l’Histoire de France à Versailles, nombre de ses oeuvres. Celles qui ne sont pas disponibles font l’objet de copies. Carle est trop âgé pour prendre part au projet, mais pas assez pour cesser d’aller trotter quotidiennement au Bois ou pour renoncer à fréquenter « ce café de Foy dont il était le plus ancien et le plus fidèle habitué ». Carle Vernet meurt le 27 novembre 1836 à son domicile de la rue Saint-Lazare, sans doute inconscient d’avoir été le rénovateur de l’iconographie cynégétique française. L’histoire de l’art le reconnaît comme le chef des « hippodophiles », ouvrant la brèche qui – en passant par son glorieux élève Théodore Géricault – mène à Eugène Delacroix et à Edgar Degas.
Rédigé le 25 mars 2011 dans Arts | Lien permanent | Commentaires (0)
Monsieur : Arty Dandy
Le magazine Monsieur (n°87, mars-avril 2011) vient de paraître. Parmi tous les articles, rubriques et reportages alléchants, nous avons retenu pour vous quelques images de la série S'habiller pour la galerie. Sur fond d'oeuvres d'art contemporain (Galerie Lelong, Paris), en prélude à la manifestation Art Paris, une belle série, très Arty Dandy...
La série complète, les références des tenues présentées et plein d'autres choses encore dans le dernier numéro de Monsieur, 5 €, en kiosque (photos Dinah Hayt).
Rédigé le 09 mars 2011 dans Mode homme, Presse | Lien permanent | Commentaires (0)
Pierre Benoît : Koenigsmark
En face de moi, un groupe de jeunes gens menait grand bruit. Je regardai avec envie leur aplomb, leur mise, tout ce bonheur auquel je n'atteindrais peut-être jamais. Ah ! vraiment, comme il était peu fait pour l'Université, ce jeune homme que laissaient sceptique les étalages d'érudition, les bibliographies, les références, et à qui la vue d'un veston bien coupé, d'une cravate savamment nouée, de fines chaussettes devinées sous le rempli du pantalon donnait presque des battements de coeur (...) Le reste de la soirée se passa en courses chez les tailleurs, les bottiers, les chemisiers. Pour la première fois de ma vie, je connus la joie admirable et amère de l'argent dépensé sans compter. De taille ordinaire, je n'eus pas de peine à trouver à Old England un complet, un pardessus, des chaussures à ma taille. On fit un paquet de mes pauvres nippes qu'on renvoya rue Cujas. Alors, confiant en moi-même, je me risquai chez un grand tailleur. Avec l'autorité que me donnait mon portefeuille, je commandai un habit, une redingote, un autre veston. Je payai d'avance les 800 francs demandés sur la promesse que tout me serait livré le surlendemain soir (...)
[Le héros de Koenigsmak, Raoul Vignerte, se présente ensuite, dans ses habits de confection, à son ami Ribeyre. Ce dernier ne peut s'empêcher de remarquer sa subite transformation. Vignerte s'interroge pourtant sur l'effet qu'il produit :]
Quand Mme de Rénal fait abandonner à Julien Sorel sa petite veste de ratine, quand Lucien Chardon, pour s'y muer en Rubempré, arrive à Paris avec Mme de Villeneuve-Bargeton, née Nègrepelisse d'Espard, ces jeunes gens trouvent immédiatement leur chemin de Damas. Il n'y a pas eu pour eux d'étape dans le dandysme. Je crus saisir une nuance d'étonnement moqueur chez Ribeyre. Je pensai à Baudelaire dont Gautier disait qu'il râpait avec du papier de verre ses nouveaux habits pour leur ôter cet éclat du neuf, si cher aux philistins et aux bourgeois. Mon assurance en vacilla, mon plaisir risqua de s'en trouver gâté. Puis : "Bah ! pensai-je. Ce n'est que de la confection. Je ne pouvais pourtant venir ici avec mes souliers éculés et mon veston d'il y a deux ans. Ils verront bien dans deux jours." Et la certitude d'être allé chez un des tailleurs les plus coûteux me rendit toute ma confiance.
Pierre Benoît, de l'Académie française, Koenigsmark, 1918.
Illustration : affiche de l'adaptation cinématographique (version 1953), avec Jean-Pierre Aumont et Sylvana Pampanini.
Rédigé le 25 février 2011 dans Dans le texte | Lien permanent | Commentaires (0)
Carle Vernet, peintre dandy (1)
Conservateur au Musée de la Chasse et de la Nature à Paris, Raphaël Abrille s’est penché sur la vie et la personnalité de Carle Vernet, peintre dandy, à qui l’on attribue une part active dans l’introduction en France de l’iconographie fashionable. Avec l’aimable autorisation de l’auteur, nous reprenons ici les principales lignes de son étude.
Antoine Charles Horace, dit Carle Vernet, naît le 14 août 1758 à Bordeaux où son père Joseph poursuit la commande royale de la série des « Ports de France ». C’est en grande partie à ce père que l’on doit l’infusion d’anglomanie qui baigne le jeune Carle.
Les dispositions précoces de Carle pour le dessin – il aurait commencé à dessiner à l’âge de quatre ans – font la joie de Joseph Vernet. Le cheval est son premier sujet. Son habileté fait merveille dans le salon du comte d’Angivilliers où son père le mène alors qu’il n’a que cinq ans. En matière d’art équestre, ses sources lui sont directement fournies par son père. Entre deux visites au manège d’Astley père et fils, écuyers anglais établis dans une charmante salle du faubourg du Temple, Carle trouve son inspiration dans les estampes anglaises reproduisant les modèles contemporains de la sporting painting. Joseph se fournit sans doute chez des marchands d’estampes tels Wille, Jean-François Basan ou Guichardot qui diffusent à Paris les images de ce genre très prisé en Angleterre depuis le début du XVIIIe siècle. Les chasses montées et les courses de chevaux de John Wooton, James Seymour ou George Stubbs investissent l’imaginaire de Carle. Dans le salon de Madame Geoffrin, où son père l’introduit, Carle côtoie la société d’Outre-Manche. Son élégance et sa distinction toute britannique ne manquent pas d’y séduire.
La pratique de l’équitation, affectueusement financée par Joseph Vernet, concrétise son approche. Assidu des champs de course, il y retrouve le marquis de Villette – fils de l’un des amateurs les plus fervents des marines de son père – et un sportsman accompli : l’intrépide duc de Lauraguais. À leur suite, Carle entre dans le cercle d’une société anglomane et dandy dont il devient la coqueluche. Le duc d’Orléans, futur Philippe-Égalité, est le tout premier à appliquer la mode anglaise à la pratique de la chasse à courre. Non content d’adopter la redingote rouge dès 1783, au retour d’un voyage en Angleterre, il fait venir d’Outre-Manche chiens et chevaux pur-sang destinés aux haras qu’il fonde à Viroflay et à Meudon. Le duc est un familier de Joseph Vernet qu’il fréquente à la loge maçonnique des Neuf Sœurs. C’est dans ses écuries que sont hébergés les chevaux que Joseph offre successivement à Carle en 1778 et en 1783. Dès lors, Carle devient un habitué des chasses du duc.
L’anglomanie du jeune Carle n’est combattue que par sa formation académique, commencée dès l’âge de onze ans, dans l’atelier de Nicolas Bernard Lépicié, « peintre austère et bizarre qui, entre autres manies, avait celle de s’habiller toujours en moine » (ci-dessus, Le petit dessinateur, portrait de Carle Vernet par Lépicié, 1772, Musée du Louvre). Celui-ci conduit Carle à concourir pour le Prix de Rome. Après un premier échec, en 1779, Carle concourt à nouveau en 1781. Son Enfant prodigue remporte alors les suffrages du jury.
Le voyage de Rome est pourtant un échec personnel. Carle laisse derrière lui l’élue de son cœur et les courses de barberi l’inspirent moins que les pur-sang des hippodromes parisiens.
Parti de Paris en octobre 1782, le jeune dandy n’emporte pas moins de onze habits (un violet, un noisette à collet aurore, un gris mélangé, un suie de cheminée, un rouge à collet vert, un rouge à collet noir, un bleu, un de ratine carmélite, un de soye bleu de roy à veste brodée, un blanc et gris de lin et un blanc) à assortir avec quelque trente-huit gilets. S’inquiétant de cette « affectation bizarre du costume anglais » le comte d’Angivilliers s’en ouvre à Louis Lagrenée. Mais le directeur de l’Académie de France à Rome se préoccupe davantage de la crise mystique qui menace Carle de troquer sa panoplie de muscadin contre la bure monacale : « Le sieur Vernet est triste et maigri ; je crains que le climat de Rome ne lui soit pas avantageux ».
Prévenu en ces termes, Joseph favorise habilement le retour de son fils à Paris, dès le mois de mai 1783 puis l’emmène en Angleterre. « Venir à Londres sans voir les courses, c’est aller à Rome sans voir Saint-Pierre. » Carle Vernet tire plus de profit de son voyage dans la capitale britannique que de son séjour romain et se fait fort, entre deux réceptions, d’assister au fameux derby d’Epsom.
De retour à Paris, Carle renoue avec les plaisirs de la vie mondaine tout en s’attelant à son morceau de réception à l’Académie royale de peinture et de sculpture. Le Triomphe de Paul Emile (ci-dessus, détail) est l’événement du Salon de 1789. Dans sa très néoclassique composition en frise, la toile se ressent de l’influence de Jacques-Louis David. Mais Carle saisit, avant tout, le prétexte d’un défilé militaire pour représenter une longue théorie de chevaux fringants. L’œuvre définit les ambitions contradictoires de l’artiste, entre classicisme de commande et anglomanie assumée, peinture d’histoire et scène de genre. Le succès lui fait sans doute espérer ne plus avoir à se soucier d’académisme...
(à suivre)
Rédigé le 22 février 2011 dans Arts | Lien permanent | Commentaires (0)
L'art du portrait (6)
Une des dernières acquisitions du musée d'Orsay (Paris) : le portrait du comédien Henri Samary (1865-1902), de la Comédie française, par le peintre Louis Anquetin, vers 1880.
Rédigé le 12 janvier 2011 dans L'art du portrait | Lien permanent | Commentaires (0)
2011... déjà !
Nous souhaitons une excellente nouvelle année à tous nos lecteurs !
Rédigé le 03 janvier 2011 dans Le weblog LND | Lien permanent | Commentaires (0)
Sur les traces de... Brummell à Calais
Le séjour de Brummell à Caen est aujourd’hui bien documenté*. Sans doute son poste officiel – bien que temporaire – de consul britannique et le fait que Caen fut le théâtre funeste du déclin de Brummell ont motivé l'intérêt des chercheurs et des historiens.
Son passage par Calais, où il resta plus de 14 ans est moins bien connu. C'est sur ces infimes traces laissées là par Brummell que nous vous invitons donc à « péleriner ».
On sait que Brummell franchit la Manche, le 16 mai 1816. Poursuivi par ses créanciers, brouillé avec le Régent à qui il a décoché quelques « piques » en public, ruiné par la passion du jeu, l’arbitre des élégances quitte l’Angleterre, à l’instar de lady Hamilton, quelque temps auparavant**.
A Calais, il fréquente surtout l’hôtel Dessin, qui doit son nom à la famille de ses propriétaires. L’hôtel est également surnommé « L’auberge des Rois », car il a le privilège d’accueillir régulièrement les têtes couronnées de passage : Pierre Ier déjà, au XVIIIe siècle, George IV en 1820, Napoléon III au XIXe siècle… L’auberge-hôtel se trouve rue Royale. Cette artère principale de Calais a changé de nom au fil des siècles : Great Friars Street lors de l’occupation anglaise, de 1347 à 1558, elle devient successivement « rue Royale », « de l’Egalité » sous la Révolution, « Impériale » sous Napoléon Ier, avant de retrouver son premier vocable avec la Restauration. Le tracé actuel de la rue n’est plus exactement le même que du temps de Brummell : les bombardements de la 2e Guerre mondiale ont profondément modifié la physionomie de la ville. De même, les maisons anciennes ont disparu, remplacés par des constructions plus modernes (ci-dessous) et il ne reste plus rien aujourd'hui de l'hôtel Dessin, connu seulement par quelques gravures (ci-dessus) et descriptions (Sterne, Le voyage sentimental), et qui fut pourtant, un siècle durant, jusqu’à sa fermeture en 1860, l'établissement hôtelier le plus important de la ville.
On sait, par quelques témoignages, que Brummell fréquente l’endroit quotidiennement et qu'il y prend ses repas. Il y rencontre les Britanniques de passage : on peut imaginer les conversations des voyageurs - surpris de croiser là le célèbre dandy - avec Brummell, heureux de jouer son rôle de bel indifférent. L'hôtelier, Léon Dessin, voit d'ailleurs dans sa présence une bénédiction : l'arbitre des élégances est une espèce de faire-valoir auprès de la clientèle anglaise, qu’il pousse à la dépense ! En retour, Léon Dessin lui fait volontiers crédit (Brummell lui laissera d’ailleurs, à son départ pour Caen en 1830, une note impayée impressionnante).
Dans la même rue, à quelques pas de l'entrée de l'hôtel, se trouve la librairie « internationale » d’Antoine Leleux. Leleux et Dessin sont amis et frères en Maçonnerie. La librairie, ouverte en 1817, avec la vague anglomane qui accompagne le retour des Emigrés, attire là encore la clientèle anglaise de l’hôtel. On peut y trouver les journaux londoniens de la veille et le visiteur passe donc facilement de l'hôtel Dessin à la librairie Leleux.
Brummell fréquente lui aussi la librairie, et même assidûment, d’autant que Leleux, en voyage en Colombie entre 1822 et 1824, lui laisse sa chambre, sans doute gratuitement. Ainsi, dans les colonnes du recensement de 1823 on lit :
Rue Royale à Calais :
n° 6-7
1578 Pierre Antoine Leleux (actuellement en Colombie), libraire, 41 ans
1579 Adèle Leleux, célibataire, 22 ans
1580 Eugène Leleux, 4 ans
1581 Jules Leleux, 3 ans
1582 Charles Sergeant, logé sur place, commis libraire, 22 ans
1583 Claudine Chaudy, domestique, 22 ans
1584 George Brummell, logé au mois, rentier [sic], Anglais, 55 ans
1585 Raimond Wattel, ouvrier relieur, 20 ans
1586 Félicité Blondel, logée sur place, couturière, 18 ans
Peut-être les deux hommes se connaissent depuis longtemps, avant même l’arrivée de Brummell à Calais. En effet, Leleux a appris son métier de libraire chez Dulau (à Londres) de 1802 à 1810. De la même façon, Brummell a peut-être fait la connaissance en Angleterre d'un autre de ses compagnons calaisiens, Louis Francia, aquarelliste de renom, émigré dans la capitale britannique de 1788 à 1817.
En tout cas, à Calais, Leleux, Francia et Brummell forment un fameux trio jusqu’au départ du dandy en 1830. Comme on sait, à cette date, on propose à Brummell le poste de consul britannique à Caen. Brummell quitte le Pas-de-Calais pour la Normandie.
L’indicateur de Calais, Journal du Commerce, de la Littérature et des Arts du 21 mai 1830 salue son départ en ces termes :
« M. George Brummell vient de recevoir sa nomination de consul de S.M.B. à la résidence de Caen. Nous verrons s’éloigner à regret cet estimable étranger qu’un séjour de près de quinze années a rendu en quelque sorte notre compatriote. L’Exequatur du roi de France lui a été adressé il y a quelques jours. »
* voir par exemple : Maurice-Ch. Renard, Brummel et son ombre, Caen : 1830-1840, Ed. Perrin, 1944.
** Lady Hamilton avait précédé Brummell de deux ans. Harcelée de même par ses créanciers, l'ancienne maîtresse de Nelson, mort en 1805, quitte l'Angleterre en 1814 et se réfugie à Calais à... l'hôtel Dessin ! Elle décède en janvier 1815.
*
Nous tenons ici à remercier chaleureusement l'association Les amis du Vieux Calais qui a eu la gentillesse de nous fournir l'essentiel de nos renseignements et de notre documentation.
Rédigé le 24 novembre 2010 dans Pèlerinages | Lien permanent | Commentaires (1)
Pub dandy : campagne 2010 Oliver Peoples
Une vidéo qui nous avait échappé il y a quelques mois : le clip de la campagne 2010 de la marque Oliver Peoples (lunettes) avec Shirley Manson et Elijah Wood (musique : Zee Avi). Chic, décalé, dandy, décadent... On aime !
Merci à Jeremy, notre opticien préféré, d'avoir attiré notre attention sur cette vidéo !
Rédigé le 30 octobre 2010 dans Pub dandy | Lien permanent | Commentaires (1)
En bref...
- Information capitale et musicale : Max Raabe, accompagné par le Palast Orchester, donnera deux concerts en France au printemps prochain. Le premier aura lieu à Paris, le 10 mars 2011, au Grand Rex, le second, le lendemain, à l'opéra de Vichy. N'attendez pas pour prendre vos places (billetteries habituelles) !
- Un nouveau site sur Oscar Wilde (oscarwilde.fr) est en ligne depuis quelques semaines déjà. Outre les éléments biographiques et chronologiques, on y trouvera une multitude de liens vers les oeuvres de Wilde disponibles en ligne. Le site s'enrichit régulièrement d'articles nouveaux. A ajouter donc à vos favoris.
- Le musée Carnavalet (Paris) propose jusqu'au 27 février une passionnante exposition intitulée Voyage en capitale, Louis Vuitton & Paris, qui retrace l'histoire de la célèbre marque, depuis ses débuts (ouverture du 1er magasin en 1854) jusqu'à la période contemporaine (créations récentes, installation vidéo in situ de Frédérique Chauveau). A noter : une salle, consacrée aux "malles" masculines, et baptisée "Dandys"... Nous y reviendrons plus longuement dans une prochaine note.
Rédigé le 28 octobre 2010 dans En bref..., Exposition, Musique | Lien permanent | Commentaires (0)
Pub : octobre élégant
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Rédigé le 12 octobre 2010 dans Mode homme, Pub dandy | Lien permanent | Commentaires (0)
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sábado, 26 de março de 2011
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