par Elisabeth Bouvet
Article publié le 07/09/2007 Dernière mise à jour le 07/09/2007 à 13:32 TU
(Photo : RFI)
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En 2008, la France célèbrera le bicentenaire de la naissance de Jules Barbey d’Aurevilly. Si l’auteur d’Une vieille maîtresse est né à Saint-Sauveur-le-Vicomte, en Normandie, c’est dans le Tarn, à Andillac, que les festivités ont d’ores et déjà débuté. Dandysmes, une histoire de séduction, tel est l’intitulé de cette exposition qui prend pour point départ l’amitié qui liait Jules Barbey d’Aurevilly à l’écrivain Maurice de Guérin, enfant du pays et dont la demeure natale, le château de Cayla abrite, depuis 70 ans, un musée. C’est dans cette maison littéraire noyée dans la nature que les dandys ont donc élu domicile. De l’Anglais George Brummell à Honoré de Balzac, de Charles Baudelaire à Pierre Loti en passant par Jean Cocteau et Serge Gainsbourg, l’exposition propose d’explorer les différentes facettes d’un mouvement pluriel vécu, à son origine, comme « une manière de tenir tête à l’époque », selon l’expression de son théoricien et chef de file, Jules Barbey d’Aurevilly.
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Le château du Cayla, Tarn. (Photo : Elisabeth Bouvet/ RFI)
Le château du Cayla, Tarn.
(Photo : Elisabeth Bouvet/ RFI)
De son vivant, Jules Barbey d’Aurevilly n’a jamais rendu visite à son ami Maurice de Guérin, sur ses terres natales. Il aura donc fallu attendre son bicentenaire ou presque pour installer au château du Cayla quelques-uns de ses plus beaux atours, de ceux qui constituaient sa panoplie de parfait dandy. Ici, une canne, non loin, un nécessaire à barbe, là une paire de gants en chevreau, là-bas un gilet brodé ou encore, dans un genre moins guindé mais non moins original cette blouse, rouge comme l’encre de ses lettres. Même si d’autres silhouettes, non moins illustres, surgissent au gré des 3 salles de l’exposition, l’auteur du Chevalier des Touches est sans conteste l’invité de marque de l’exposition. Car si l’origine du mot « dandy » est anglaise et remonte à la fin du XVIIIe siècle, l’on doit à Jules Barbey d’Aurevilly d’avoir théorisé en 1845 ce mouvement apparu quelques années plus tôt en France, à la faveur du retour d’outre-Manche des émigrés qui avaient fui la Révolution. Du dandysme et de George Brummell est le titre de cet ouvrage qui va fonder de manière durable une attitude jusque-là plutôt mal perçue car l’auteur, en s’appropriant le mot, fait du dandy le parangon de l’intellectuel élégant. « Ce n’est pas un habit qui marche tout seul ! Au contraire ! », écrit-il.
Gants ayant appartenu à Barbey d'Aurevilly, chevreau blanc et broderie rouge, XIXe siècle. Musée de Saint-Sauveur-le-Vicomte.(Photo : Elisabeth Bouvet/ RFI)
Gants ayant appartenu à Barbey d'Aurevilly, chevreau blanc et broderie rouge, XIXe siècle. Musée de Saint-Sauveur-le-Vicomte.
(Photo : Elisabeth Bouvet/ RFI)
Une génération entre deux mondes
« Avec ce livre, Barbey d’Aurevilly définit le dandysme comme une manifestation de l’élégance vestimentaire mais aussi et essentiellement comme la double manifestation d’un mouvement littéraire et contre-révolutionnaire », explique Brigitte Benneteu, conservatrice départementale en chef. Et de poursuivre, « ce sont des jeunes gens férus de littérature, de culture traditionnelle, issus le plus souvent de l’aristocratie déchue et qui essaient de trouver une nouvelle position sociale dans une société dont les codes ont complètement changé ». Maurice de Guérin, rappelle Brigitte Benneteu, parle d’ailleurs dans ces poèmes en prose d’« une génération entre deux mondes ». « Ce qui fait le dandy, c’est l’indépendance », surenchérit Barbey d’Aurevilly tandis que Charles Baudelaire écrira, à son tour, que « le dandy se doit d’être sublime sans interruption. Il doit vivre et dormir devant un miroir ».
«Le Dandy à la cigarette». Anonyme. 1ière moitié du XXe siècle. Cllection J.M Artaut.(Photo : Elisabeth Bouvet/ RFI)
«Le Dandy à la cigarette». Anonyme. 1ière moitié du XXe siècle. Cllection J.M Artaut.
(Photo : Elisabeth Bouvet/ RFI)
Bref, résume Brigitte Bonneteu, il s’agit là d’écrivains qui veulent établir « une nouvelle aristocratie non plus de naissance mais de l’esprit ». Indépendance, originalité et distanciation à l’égard de l’uniformisation d’une société marquée par la montée de la bourgeoisie et le pouvoir de l’argent. Emblématique de cette posture, le tableau datant de 1901 d’Edouard Loëvy que l’on peut voir sur l’affiche de l’exposition et qui représente Le dandy nonchalant : « Si on a retenu ce personnage, c’est pour deux raisons » explique la conservatrice. « D’abord, explique-t-elle, parce qu’il est allongé sur un sofa à l’orientale avec un mouvement de la main extrêmement gracieux et c’est bien ainsi qu’on se représente le dandy. Ensuite parce que cette attitude est symptomatique du dandy c’est à dire qu’il est à l’abri de l’activisme du monde. Il refuse le travail au profit de l’oisiveté. C’est que dit Balzac, par exemple, quand il prétend que ‘L’oisiveté est un véritable travail’. Et puis il y a cette distance dans le regard qui fait qu’il ne se laisse pas dévoiler. D’où la difficulté d’ailleurs pour les dandys à se laisser portraiturer ».
Les Don Quichottes du XIXe siècle
Difficulté en grande partie liée à l’ambivalence sous-jacente au dandysme. Confronté à la fois à la tentation du retrait et au besoin du monde pour se construire, le dandysme porte en lui tous les germes d’une douleur que l’on retrouve ainsi dans l’écriture d’un Baudelaire ou dans la prose d’un Jean Lorrain. C’est encore Maurice de Guérin habité par le désir d’écrire mais tenté, dans le même temps, par le silence. Pour Brigitte Benneteu, s’il est une chimère qui illustre on ne peut mieux cette ambiguïté, c’est celle du centaure, « ce personnage inexistant, cette monstruosité que l’on a tous plus ou moins à la fois animal et humain, à la fois attirer par les étoiles et les pieds sur la terre ». Le visiteur peut d’ailleurs voir sur une gravure prêtée par le musée Carnavalet de Paris, une représentation du poète italien D’anunnzio…. en centaure. On l’aura compris, la posture du dandy est intenable. Brigitte Benneteu n’hésite pas à assimiler ces dandys à des « Don Quichotte du XIXe siècle qui livreraient un combat certes perdu d’avance mais avec un panache qui, pour être dérisoire, n’en reste pas moins héroïque ». La notion de masque devient dès lors fondamentale. Avec le dandysme, on assiste en effet à une « théâtralisation de la vie ». Et notre interlocutrice de rappeler cette citation d’Oscar Wilde, autre grand esthète devant l’éternel, « la véritable œuvre d’art, c’est ma vie ». Le paraître, on l’a vu, n’est toutefois pas une fin en soi. Tous les auteurs qui ont travaillé en quelque sorte à leur légende ont également bâti une vraie œuvre littéraire, à commencer par Baudelaire.
Ni fats ni falots
Baudelaire par Félix NadarDR
Baudelaire par Félix Nadar
DR
Baudelaire, mais aussi Balzac, Barbey d’Aurevilly, Stendhal même qui fut un temps tenté par ce phénomène, Lorrain, Loti, Montesquiou, Wilde, Proust sans oublier Cocteau, sans doute l’un des derniers fameux héritiers de cette lignée de dandys… une même famille, et pourtant, chacun a exprimé à sa manière sa perception du dandysme. Tout le sens du titre de l’exposition qui se conjugue au pluriel. Brigitte Benneteu indique que « cette notion de dandysme s’est construite a posteriori, qu’elle n’existe pas en soi dans la mesure où on ne peut pas parler d’un mouvement en tant que tel mais d’expressions individuelles ». Les dandys ayant en commun de refuser le modèle communément admis tant vestimentaire que sociétal. C’est en cela que le dandysme, né dans la première moitié du XIXe siècle, a réussi à perdurer même sur le mode individualiste. Brigitte Benneteu voit, par exemple, en Gainsbourg/Gainsbarre un dandy sinon parfait du moins authentique. Et la liste n’est pas exhaustive. Il faudrait encore citer les grands couturiers, à commencer par Dior dans les années 70, qui revisitent régulièrement cette image du dandy, comme en témoignent les magazines de mode masculine présentés dans l’exposition et qui datent tous de 2007. Et cela, même si la mode n’est qu’une traduction parmi d’autres, moins liées à l’esthétique et davantage à l’éthique, du dandysme.
Masque de Barbey d’Aurevilly figurant dans la sculpture « Le marchand des masques ». Zacharie Astruc, 2e moitié du XIXe siècle.(Photo : Elisabeth Bouvet/ RFI)
Masque de Barbey d’Aurevilly figurant dans la sculpture « Le marchand des masques ». Zacharie Astruc, 2e moitié du XIXe siècle.
(Photo : Elisabeth Bouvet/ RFI)
Au moment de franchir la porte-fenêtre qui ouvre sur le parc du château du Cayla, le visiteur jette un dernier regard au masque en bronze de Barbey d’Aurevilly, sorte de gardien bienveillant de cette exposition qui invite à regarder derrière les apparences. Ces hommes - et ces rares femmes - que leurs détracteurs, moquant leurs excentricités vestimentaires, traitaient de « fats » « n’étaient absolument pas des personnages falots », insiste Brigitte Benneteu qui conclut que « le dandy est justement un personnage sans concession, et vis à vis de la société et vis à vis de lui-même. Ce qui, par delà l’allure excentrique, est la preuve d’une grande humilité et d’une grande souffrance ». Jules Barbey d’Aurevilly ne disait rien d’autre quand il écrivait que « le dandysme est toute une manière d’être ».
Le dandysme, une histoire de séduction. Une exposition à voir au château du Cayla, dans le Tarn, jusqu’au 28 octobre. Un prolongement de cette exposition est prévu en 2008, année du bicentenaire de la naissance de Barbey d’Aurevilly, au musée départemental du textile à Labastide Rouairoux. La Normandie célèbrera également l’événement. A la maison natale de l’écrivain à Saint-Sauveur-le-Vicomte et au musée Christian Dior à Granville.
terça-feira, 29 de março de 2011
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